Ce qui suit est une lettre envoyée au MRAP, pour rigoler.
Mesdames, messieurs, trans, noirs, gris, blancs, jaunes, autres, j’ai pris connaissance avec gravité de votre rapport. Nous sommes racistes. C’est entendu. Et même sans nous entendre et en nous lisant en diagonale, tout le monde le dit. Ce sont des gens bien qui le disent, leur statut de délivreur de brevets d’exemplarité suffit à en valider les propos.
À tous ces gens qui affirment notre racisme, je n’oppose donc aucun démenti, ce serait indécent. Je demande simplement de l’aide. Aux rapporteurs du MRAP, qui nous lisent avec attention, je demande quelques éclaircissements pour nos cerveaux obscurantistes.
Je vous le demande à vous, car vous savez déceler la richesse avec assurance, là où nous nous évertuons à ne voir que délinquance, régression et envahisseurs.
Je vous le demande à vous, car vous savez parfaitement trouver toutes les explications sociologiques rationnelles permettant d’expliquer les quelques déviances de vos protégés.
Pourquoi diable est-on si fort et si déterminé lorsqu’il s’agit de trouver excuses et causes à l’immigré alors que l’on n’en envisage aucune à notre décharge ?
Vous qui encouragez la désobéissance citoyenne, la liberté d’expression, pourquoi exigez-vous des lois, de la répression, une surveillance, une mise à l’index, des amendes et des sanctions à notre encontre ? Sommes-nous si dangereux ?
Vous dites que nous sommes marginaux, des déchets de l’Histoire, des anachroniques, qui ne se contentent d’ailleurs que de gribouiller quelques fragments de l’infinité cybernétique, alors au nom de quel péril imminent cette chasse aux sorcières permanente ?
Et puis, cette habitude de nous traiter en malades, de devoir inventer des phobies à l’infini, de nous renvoyer à l’abominable… Est-ce une façon humaniste de procéder ?
D’où tient-on cela ? De la culture ? De l’hérédité ? Est-ce contagieux ? Sommes-nous stupides ? Sommes-nous fous ? Sommes-nous des démons ? Sommes-nous un virus ?
Vous qui expliquez tout et qui détenez la lumière de l’évidence des Droits de l’homme, sauvez-nous de ces errances identitaires, dites-nous enfin ce que nous sommes !
Nous savons que vous aurez la hauteur d’esprit de ne pas répondre à notre haine par votre haine. Nous voulons nous convaincre que c’est par amour pour nous, pauvres hères perdus dans nos vieux livres, que vous luttez avec tant d’acharnement. Et pas par haine. Vous avez la chance de ne pas porter ce foyer qui se consume en permanence dans nos tristes entrailles. Chaque condamnation d’un des nôtres n’est pas un plaisir pour vous, vous n’avez pas cette bassesse : il s’agit du devoir accompli, pour sauver les droits de tous les autres.
Mais alors pourquoi cette lutte pour des droits pour tous, si pour nous il n’y a que le devoir de penser comme vous l’entendez ? Vous ne nous aimez pas, nous sommes vos cauchemars. Nous ne vous aimons pas, vous êtes nos pitres les plus amusants. On ne s’aime pas. L’égalité est là, non ?
Pourquoi tant réfléchir à des slogans, à des lois, à l’instauration de quotas, à la discrimination positive, vous qui êtes si sûrs de vos idées, face à nous qui sommes si marginaux et si fous ?
L’évidence est dans votre prophétie : la richesse lumineuse triomphera des hordes obscures que nous sommes, puisque les hommes sont profondément bons, que les Français n’attendent que ça, et que le métissage tolérant, c’est l’avenir, c’est déjà le présent. Auriez-vous un doute à ce sujet ?
Vous qui êtes si friands de la non-définition, de la non-distinction, de la non-différentiation, pouvez-vous nous expliquer pourquoi l’on se retrouve systématiquement du côté de l’intolérance, sans seconde chance, sans autre forme de procès ?
Qui se soucie de notre double-peine sociale et pénale ?
Nous qui devons reconnaître une valeur intrinsèque à l’autre avant même de le connaître, nous qui devons accepter la dernière de ses folies au mépris de notre libre-arbitre, expliquez-nous pourquoi nous ne bénéficions pas des mêmes a priori positifs ?
Comment se fait-il donc que notre racisme subsiste ? Dans un monde ou tout s’explique, s’excuse, se soigne, s’éduque ou se sociologise, comment est-il donc possible qu’on se contente de dire que les racistes sont tout simplement des sales cons qui ne méritent que l’amende, le froid des geôles, la radiation sociale et plus si affinités ?
Compte tenu de la largesse de vos esprits, de l’ouverture de vos jugements, de la tolérance de vos opinions, de la bienveillance que vous manifestez envers toutes les formes spirituelles de différence, pouvez-vous justifier ce refus en bloc de dialogue, d’acceptation ou de reconnaissance dont vous faites preuve envers nous autres ?
Ne sommes-nous pas libres et égaux ? Ne sommes-nous pas nous aussi des hommes naturellement bons ? Nous sommes racistes et pas vous, d’où vient cette cruelle inégalité ? Allez-vous faire un effort d’intolérance pour la combler ? Pourquoi ne tentez-vous point de nous remettre dans le droit chemin avec force pédagogie, éducation, dialogue ? Et surtout en avançant les preuves irréfutables de ce que vous vous contentez de nommer pour l’instant « richesse », « valeurs du métissage », ou tout simplement « pluralité », « diversité », bref, dans vos esprits nobles des superlatifs qui se suffisent à eux-mêmes pour parler d’une évidence, dans nos âmes viles du pipeau pour imbéciles.
Ayez pitié de nos esprits étroits, l’évidence dont vous semblez jouir ne nous frappe pas, l’illumination tolérante ne nous effleure même pas, par conséquent nous ne pouvons pas nous agenouiller devant cette « différence » qu’encourage si fort le règne de la Sainte égalité.
Pourquoi le racisme ? Si grande que soit cette pathologie, si ardue soit l’exorcisme, on ne vous entend pas vous poser cette question, on ne vous entend encore moins tenter d’y répondre.
L’homme serait-il fondamentalement mauvais, porterait-il en lui le mal, ou le péché originel, comme nous le croyons ?
Cela ne voudrait-il pas dire que toute la philosophie des Lumières, des Droits de l’homme et de l’humanisme progressiste repose sur une erreur grossière et fondamentale ?
Cela voudrait dire que les hommes ne naissent ni libres, ni égaux, ni bons ? Cela voudrait dire qu’il serait absurde et mortel de les y contraindre ?
Cela ne signifierait-il pas que le mal individuel engendre la dualité globale, donc que la survie mondialiste, tolérante, métissée, indifférenciée est tout simplement impossible ?
Ne nous laissez pas avoir raison sur ce point, qui détermine et conditionne tous les autres. Vous affirmez que nous possédons un haut niveau intellectuel, et pourtant nous vous demandons de nous expliquer ce racisme que nous ne comprenons pas. Nous n’avons pas non plus très bien saisi ce qui pouvait, abstraction de la raison faisant, nous faire aimer sans modération l’immigré, l’étranger, le clandestin, l’Autre.
Faites d’une pierre deux coups, donnez-nous ces fantastiques et pléthoriques raisons d’aimer jusqu’à nous effacer, de tolérer jusqu’à devenir racistes envers nous-mêmes (ce que doit vouloir dire l’antiracisme). N’ayez pas peur d’être concrets, de ne pas vous limiter au terme « richesse », je vous assure que nous saurons vous écouter et vous comprendre. Malgré cette horrible maladie qui nous ronge, nous possédons un haut niveau intellectuel, vous l’avez dit. Profitez de cette chance de salut que nous avons.
Nous n’en doutons pas, tout ça doit être limpide dans vos esprits. Nous sommes persuadés que vous allez apporter les réponses que nous attendons depuis si longtemps, et que vous ne pouvez plus contenir, vis-à-vis de certains de vos frères humains.
Et puis, pour vous, ce sera infiniment plus facile et plaisant d’argumenter pour le Bien que contre le Mal, vous qui êtes plus occupés par le matraquage des racistes que par le juste éloge du Bien, de l’Autre.
Ne nous laissez pas dans le noir. Je publierai ici l’intégralité de votre réponse qui saura nous convaincre, puisque la raison est de votre côté. Pour une fois, vous n’êtes pas réduits à l’anathème, à la procédure judiciaire, ou au slogan, vous n’avez pas à faire de longs rapports glacés après des heures de surf nauséeux, et vous toucherez de nombreux racistes qui, comme moi, attendent beaucoup de ce qui serait votre première argumentation réelle. Saisissez cette chance.
Nous vous écoutons tous.









